Préparation de commandes : objectiver les contraintes pour mieux prévenir les TMS en logistique
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Auréanne Ferssiwi
27 Oct 26
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En trois semaines, MOTEN a mesuré, analysé et outillé le poste de préparateur de commandes du secteur carrelage sur le site Kuehne+Nagel de Mer. Résultat : une tâche prioritaire identifiée, un geste qui réduit l'effort jusqu'à 15 %, et 35 pistes de solutions co-construites avec les opérateurs.
Le contexte : un poste exigeant, des références très variées
Le site logistique de Mer (Loir-et-Cher) rencontrait des problèmes de TMS et d'accidentologie sur le poste de préparateur de commandes. L'activité "carrelage" avait été classée comme particulièrement contraignante en interne.
La difficulté tient à la diversité des références : de 250 g à 30 kg, du petit sachet au carreau grand format, en passant par les sacs de ciment et les seaux. Cette variété rend difficile toute standardisation des consignes de prévention.
La demande était double :
- Analyser finement l'activité réelle des préparateurs pour en identifier les contraintes
- Aboutir à des solutions concrètes et applicables pour améliorer leurs conditions de travail
La démarche : mesurer l'activité réelle, puis chercher les solutions ensemble
Le projet s'est déroulé en deux étapes :
- Quantifier et comprendre les risques : mesures terrain, traitement des données, formalisation des résultats
- Identifier et qualifier des solutions : deux ateliers d'idéation avec les opérateurs
Cinq préparateurs ont été équipés de six capteurs MOTEN, placés sur les zones liées aux TMS observés : biceps, deltoïdes et lombaires pour l'effort musculaire, dos et épaules pour les postures. Au total, plus de 250 000 points de données ont été exploités.
Les mesures ont été croisées avec trois autres sources : observation vidéo, entretiens au poste et verbatims spontanés. L'activité a ensuite été découpée pour comparer les situations :
- 5 tâches : déplacement, prélèvement, sécurisation de la palette, réorganisation de la palette, tirer une palette au sol ;
- 3 familles de produits : carrelage, sacs (ciment, mortier), seaux ;
- 2 gestes : porter le produit ou le faire glisser.
Deux indicateurs structurent l'analyse. L'effort musculaire situe l'activité d'un muscle par rapport à son maximum (léger sous 25 %, modéré de 25 à 50 %, élevé au-delà). Le risque postural mesure la part du temps passée en posture contraignante, selon les seuils de la méthode RULA.
Ce que les mesures ont montré
Le prélèvement, tâche prioritaire
Prélèvement et déplacement représentent près de 90 % du temps de travail. Le déplacement en chariot est peu contraignant ; le prélèvement concentre l'essentiel de la charge.
Pendant le prélèvement, les deltoïdes et les biceps travaillent 17 points plus haut que les lombaires, avec des efforts modérés à élevés. Côté postures, la contrainte se déplace vers le dos : les opérateurs passent la moitié de ce temps penchés à plus de 20°. Sur l'ensemble de l'activité, 70 % du temps est passé en posture inconfortable pour le dos, 30 % pour les épaules (bras au-dessus de 90°).
Par produit, le carrelage sollicite un peu plus les muscles ; les sacs génèrent les postures les plus contraignantes.
Glisser plutôt que porter
À charge identique, faire glisser le produit au lieu de le porter abaisse l'effort musculaire moyen de 53 % à 48 %, et jusqu'à 15 % sur les muscles les plus sollicités. L'opérateur utilise son poids de corps et répartit mieux l'effort. Sur une base de 200 manipulations par jour, le gain équivaut à environ 30 manipulations en moins. L'astreinte posturale du dos baisse aussi de 7 points.
Les tâches courtes pèsent lourd
Réorganisation et sécurisation de la palette ne représentent que 12 % du temps, mais leur intensité est élevée :
- Réorganisation (5 % du temps) : la tâche la plus exigeante, à plus de 50 % d'effort musculaire, dos en posture inconfortable 80 % du temps. Elle se fait parfois palette au plus bas, et le banderolage en diagonale empêche de s'approcher de la charge.
- Sécurisation : plus de 40 % d'effort sur tous les muscles mesurés. Faute de pouvoir faire le tour de la palette à pied, les opérateurs se contorsionnent pour en atteindre chaque côté.
- Tirer une palette au sol : des efforts modérés à élevés, presque autant que la sécurisation, pour une tâche qui pourrait être évitée.
Les savoir-faire des opérateurs font la différence
Les écarts d'effort lombaire entre opérateurs sont importants. Ils s'expliquent d'abord par les techniques gestuelles employées, observées chez certains préparateurs :
- Faire glisser ou rouler le produit, en réglant la hauteur du chariot au niveau de la prise
- S'appuyer sur un autre colis pour faire contrepoids
- Pratiquer le balancier (une jambe en arrière, un appui) pour les prises lointaines
- Garder la charge près du corps
Ces gestes existent déjà sur le site. Les rendre visibles et les partager est un levier de prévention immédiat.
Des solutions co-construites et priorisées
Les 17 et 20 septembre, deux groupes de travail ont réuni des opérateurs, des membres du management et le service QHSE pendant 1 h 30 à 2 h. Objectif : partir des difficultés vécues sur le terrain pour identifier des pistes d'amélioration.
35 pistes ont émergé, techniques, matérielles ou organisationnelles. Chacune a été qualifiée selon trois critères : facilité de déploiement, gain ergonomique attendu et coût (moins de 500 €, moins de 15 000 €, au-delà). 15 d'entre elles ont été classées en priorité 1.
Quelques exemples :
- Les carreaux stockés à la verticale basculent quand on en prélève un ou deux -> Installer des stop-carrelages de chaque côté de la palette
- La palette de stock se vide par l'avant ; les prises au fond imposent une hyperextension -> Implanter les palettes à l'horizontale dans les allées et tester des tiroirs palette
- Les sacs de ciment et de mortier sont difficiles à sortir des racks -> Tester un préhenseur pour le transfert du rack à la palette
- Postures penchées et manutention répétée de charges -> Évaluer un exosquelette passif pour le dos, léger et peu encombrant
Les premières actions ne demandent aucun investissement : diffuser les techniques gestuelles déjà pratiquées par certains opérateurs, et supprimer les manipulations évitables comme le fait de tirer une palette au sol.
Ce qu'il faut retenir
Ce projet illustre trois constats que nous retrouvons sur de nombreux postes impliquant une manutention manutention manuelle de charge :
- Objectiver permet de cibler. Les mesures ont désigné la tâche prioritaire et révélé le poids de tâches courtes, rarement prises en compte.
- Le travail réel contient déjà des solutions. Les gestes développés par les opérateurs expérimentés réduisent mesurablement l'effort.
- Les solutions tiennent mieux quand elles sont co-construites. Les opérateurs ont contribué à l'identification et à la priorisation des pistes.
Vous souhaitez objectiver les contraintes d'un poste de votre organisation ? Contactez l'équipe MOTEN.
