Travail

Etude vibratoire sur une gamme d’outils Bosch

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Marie-Anne Grangeret

16 Sep 26

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Perceuse, perforateur, meuleuse, marteau-piqueur : tout outilélectroportatif transmet des vibrations aux mains et aux bras de celui quil'utilise. On sait que ces vibrations existent. Ce que l'on maîtrise moins,c'est ce qu'elles font au corps, comment on les mesure, et pourquoi le chiffreaffiché sur la fiche technique d'un outil ne dit pas tout du risque réel. Cetarticle revient sur une étude menée par MOTEN Technologies pour Bosch, quimesure l'exposition aux vibrations de compagnons en situation de chantier.

Qu’appelle-t-on « vibrations mains-bras » ?

Quand un outil tourne ou frappe, il génère des oscillationsmécaniques. Ces oscillations remontent des poignées vers les mains, puis lesbras. C'est ce qu'on appelle l'exposition aux vibrations du système main-bras.

  • Une exposition ponctuelle est sans conséquence. Le problèmevient de la répétition, jour après jour, année après année. Les effets connuset reconnus comme maladies professionnelles sont par exemple :
  • L’atteinte des vaisseaux sanguins : le fameux «syndrome des doigts blancs », ou maladie de Raynaud d'origine professionnelle,où les doigts se décolorent et perdent leur irrigation.
  • Des lésions du système nerveux :engourdissements, perte de sensibilité au chaud et au froid, perte de dextérité.
  • L’aggravation des troubles musculosquelettiques(TMS), pouvant aller jusqu'au syndrome du canal carpien.

Ce risque n'a rien de marginal : plus de 10 % des salariés y sont exposés, dans presque toutes les branches d'activité — BTP, métiers du bois, ateliers mécaniques, fonderies, carrières.

La fiche technique d’un outil n’est pas toujours synonyme de maîtrise durisque

Tout fabricant est tenu de déclarer le niveau de vibrations de ses outils. Mais cette valeur est souvent mesurée sur l'outil lui-même, sur un banc, dans des conditions standardisées de laboratoire. Elle sert à comparer des machines entre elles - ce qui est utile - mais elle ne dit rien de ce que les utilisateurs reçoivent réellement dans les mains.

L’exposition réelle dépend d'une foule de facteurs : lescaractéristiques du consommable, celle de la matière percée ou coupée, la façonde tenir l'outil, la force d'appui, le port de gants, la fatigue en fin dejournée, la maîtrise de l’outil, … Deux compagnons avec le même perforateurpeuvent avoir une exposition au risque différente.

De plus en plus de préventeurs se posent la question de la différence entre la donnée constructeur et la mesure en situation réelle. C’est ce pourquoi MOTEN est intervenu dans cette étude.

L'approche MOTEN : mesurer le réel

Bosch a sollicité MOTEN pour développer une méthoded'évaluation des vibrations main-bras générées par l'usage d'outilsélectroportatifs en situation réelle de travail. L'entreprise dispose sur sonsite de Saint-Ouen-sur-Seine du matériel et des moyens de test pourcaractériser des outils vibrants ; l'enjeu était de bâtir un protocolereproductible mesurant l'exposition réelle selon l'outil, les consommables etles équipements de protection.

Pour cela, MOTEN mobilise trois expertises complémentaires - capteurs, données et ergonomie - autour d'une technologie de capteur nouvelle génération. Ce capteur caractérise quatre indicateurs essentiels pour la santé au travail : l'activité musculaire, les postures contraignantes, les gestes répétitifs et les vibrations. C'est ce dernier axe qui nous intéresse pour cette étude.

Le principe est simple: le capteur se place sur le compagnon et mesure ce qui est réellementtransmis au système main-bras pendant le travail.

La démarche : un protocole rigoureux pour une comparaison objective

L'étude a comparé le perforateur sans fil Bosch EXBH18V-32Fà un perforateur concurrent de gamme équivalente, sur une large palette deconsommables (forets Bosch, Pro et Expert, ainsi que des référencesconcurrentes).

Pour que la comparaison soit fiable, tout a été maintenu identique d'un essai à l'autre : même diamètre de perçage (14 mm), même profondeur (140 mm), perçage sur voile béton avec et sans ferraille, plan horizontal à hauteur constante. Les essais ont été alternés afin de neutraliser un éventuel effet de fatigue des compagnons volontaires.

Le capteur MOTEN a été placé sur les membres supérieurs - deltoïdes, biceps, muscles fléchisseurs de l'avant-bras et dos des mains - poursuivre la propagation des vibrations le long du bras. Et pour ne garder que la donnée pertinente, seules les dernières secondes de chaque perçage, outil en butée, ont été analysées, grâce à une synchronisation vidéo.

Un compagnon travaille au burineur sur un voile vertical.

Deux notions clés pour lire les résultats

La pondération en fréquence

Certaines fréquences sont plus agressives pour la main que d'autres. Pour le système main-bras, la plage qui compte s'étend de 8 à 1000 Hz, et les fréquences les plus nocives se situent entre 6 et 26 Hz. On applique donc une "pondération" (définie par la norme ISO 8041) qui donne plus de poids aux fréquences réellement dangereuses. Autrement dit : on ne mesure pas juste "à quel point ça vibre", mais "à quel point ça vibre là où c'est dangereux".

La valeur d'exposition journalière A(8)

La valeur d'exposition journalière, notée A(8), ramène l'intensité des vibrations à une journée de travail de 8 heures. Elle se lit selon deux seuils fixés par la réglementation française :

  • 2,5 m/s², la valeur d'action : au-delà,l'employeur doit mettre en place des mesures de prévention.
  • 5 m/s², la valeur limite d'exposition : un plafond à ne jamais dépasser.

L'intérêt de l'A(8) est qu'elle se traduit directement en temps d'utilisation admissible : plus un outil vibre, moins longtemps on peut l'utiliser dans la journée sans risque.

Les résultats

Les vibrations sont absorbées par les mains

Grâce aux capteurs placés du poignet à l'épaule, un premier constat : l'intensité des vibrations chute fortement le long du bras (de l'ordre de −45 % à −78 % entre la main et l'épaule selon les configurations). En clair, l'essentiel de l'énergie vibratoire est encaissé par les mains. Ce sont donc les valeurs mesurées aux deux mains qui ont servi de référence pour toute l'analyse.

L'outil Bosch réduit l'exposition mesurée dans les mains

Tous consommables confondus, le perforateur Bosch affiche une valeur A(8) inférieure à celle du concurrent testé : −16 % à la main droite et −13 % à la main gauche. Concrètement, cela veut dire qu'on peut l'utiliser plus longtemps avant d'atteindre la valeur limite de 5 m/s² : 74 minutes contre 67,soit 7 minutes de marge gagnées dans la journée.

Le consommable et le support comptent autant que l’outil

L'intensité des vibrations varie fortement selon le foret utilisé, avec des écarts statistiquement significatifs. La matière percée joue aussi : percer du béton ferraillé ne produit pas les mêmes vibrations que du béton seul. Bien choisir son consommable est un levier de prévention à part entière, au même titre que le choix de l'outil.

Les gants anti-vibrations : utiles mais pas magiques

La mesure confirme l'intérêt des gants anti-vibrations, avec une réduction de l'intensité observée aux deux mains mais d'ampleur très variable d'une main à l'autre. Là encore, seule la mesure en situation permet de quantifier le bénéfice réel plutôt que de le supposer.

Bonus : la « signature » vibratoire d’un outil

En décomposant le signal, l'analyse fréquentielle révèle pour chaque machine une vibration principale liée à la rotation du moteur (~13Hz) et des vibrations secondaires plus aiguës. Savoir où se situe l'énergie vibratoire dans le spectre - et notamment si elle tombe dans la « zone de danger » 6-26 Hz de la main, offre une clé de lecture précieuse pour concevoir des outils à faible exposition

Ce qu’il faut retenir

Cette étude établit un protocole reproductible pour mesurer les vibrations d'un outil électroportatif en conditions réelles. L'exposition aux vibrations dépend de l'outil, mais aussi du consommable, du support et du geste.

Sur le périmètre testé, l'outil Bosch réduit l'exposition journalière par rapport au concurrent - un résultat désormais chiffré et documenté. Mais au-delà du comparatif, l'apport est méthodologique : il est possible de mesurer le risque en situation réelle. C'est ce que permet le capteur MOTEN : transformer une caractéristique produit en donnée exploitable au service de la santé des utilisateurs.

Vincent Mellot, Key Accounts Health and Safety Referent and Trainer pour Bosch Power Tools témoigne :

A travers ce partenariat avec Moten nous souhaitions apporter des réponses et un protocole d’expérimentation fiable à nos clients et équipes sur le sujet des vibrations des machines électroportatives. Afin de mieux interpréter cette problématique et ne pas se contenter d’une comparaison basique des données présentes dans les notices, nous voulions comprendre et caractériser ce qui se passait réellement sur le terrain et ainsi pouvoir accompagner nos clients et ingénieurs à travers les résultats de cette étude. Mission réussie grâce à ce partenariat et le savoir faire de Moten.

Et pour vos outils ?

Que vous conceviez des équipements, cherchiez à démontrer leur performance vibratoire ou à réduire l'exposition de vos opérateurs, lecapteur de mesure des vibrations MOTEN caractérise l'exposition réelle du système main-bras, en situation de travail - et nos experts vous accompagnent de la mesure à la décision.

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Quels outils exposent le plus aux vibrations main-bras ?

Les outils rotatifs (perceuses, meuleuses, ponceuses) et surtout percutants (perforateurs, marteaux-piqueurs, burineurs) figurent parmi les plus exposants. L'intensité dépend toutefois autant de l'usage réel que du type de machine.

Quels sont les seuils réglementaires en France ?

Pour le système main-bras, la réglementation fixe une valeur d'action à 2,5 m/s² (déclenchant des mesures de prévention) et une valeur limite d'exposition à 5 m/s² sur une journée de 8 heures — la valeur A(8).

La valeur de vibration déclarée par le fabricant suffit-elle ?

Elle permet de comparer des outils, mais ne reflète pas l'exposition réelle d'un opérateur, qui dépend du consommable, du support, du geste et des protections. Des outils d'estimation existent (comme OSEV de l'INRS), mais une mesure en situation de travail reste nécessaire pour évaluer le risque réel.

Comment réduire l'exposition aux vibrations ?

En choisissant des outils moins vibrants et des consommables adaptés, en limitant et en alternant les temps d'usage, en entretenant le matériel, en portant des gants anti-vibrations et en gardant les mains au chau det au sec.

Les gants anti-vibrations sont-ils efficaces ?

Ils réduisent l'exposition, mais de façon variable selon les fréquences et l'outil. Ils constituent un complément, pas une solution à eux seuls : la réduction à la source reste prioritaire.

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