Prévention des TMS en plâtrerie-isolation : mesurer les contraintes sur chantier avec Wereystenger
Par
Marie-Anne Grangeret
03 Nov 26
•
6
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Questions fréquentes
Qu'est-ce que TMS Pros ?
Un programme de l'Assurance Maladie - Risques professionnels qui accompagne les entreprises dont les métiers exposent fortement aux troubles musculosquelettiques. Il se déroule en plusieurs étapes : s'engager, réaliser un diagnostic, mettre en œuvre des actions, puis en évaluer les effets. La Carsat ou la Cramif de la région suit l'entreprise tout au long de la démarche.
Pourquoi mesurer quand on dispose déjà des entretiens ?
Les entretiens disent ce que les salariés perçoivent et ce qui compte pour eux. La mesure situe chaque contrainte par rapport aux autres et fait parfois ressortir des expositions que l'habitude a rendues invisibles. Les deux se complètent pour fixer des priorités.
Comment les salariés sont-ils associés à la démarche ?
La participation aux mesures repose sur le volontariat. Les capteurs sont portés pendant l'activité habituelle et les données sont traitées avec le consentement des participants, conformément au RGPD. Les salariés sont ensuite associés aux restitutions et à la recherche de solutions.
La démarche peut-elle être financée ?
Sous certaines conditions, une partie de la prestation peut être prise en charge par l'Assurance Maladie, notamment au titre du Fonds d'investissement dans la prévention de l'usure professionnelle (FIPU). Nous pouvons vous aider à vérifier votre éligibilité.
Comment prioriser les actions de prévention quand l'effort fait partie du métier ? Engagée dans le programme TMS Pros, l'entreprise de plâtrerie et d'isolation Wereystenger a choisi de mesurer les contraintes physiques de ses compagnons sur ses chantiers en cours. Douze entretiens, neuf compagnons équipés de capteurs et 31 heures de mesures ont permis de dégager cinq axes de travail, discutés puis priorisés avec les équipes.
Secteur : BTP - Plâtrerie, isolation, staff
Prestation : Diagnostic ergonomique, entretiens, mesures par capteurs, ateliers de co-construction
Calendrier : Janvier à avril
Le point de départ
Sacs d'enduit, travail en plafond, chantiers exigus chez des particuliers : en plâtrerie-isolation, l'effort physique fait partie du quotidien. Wereystenger, qui intervient depuis trois agences en Alsace et en Île-de-France, connaît bien ces contraintes.
Lorsque la Carsat Alsace-Moselle l'a intégrée au programme TMS Pros, qui accompagne les entreprises dont les métiers exposent fortement à l'usure professionnelle, la direction a voulu en tirer parti : savoir précisément quelles situations traiter en premier, et sur quelle base.
Les enjeux dépassent la santé au travail. Attirer de nouveaux profils, transmettre les savoir-faire, maintenir en emploi des compagnons expérimentés : tout cela passe aussi par des conditions de travail soutenables.
La compréhension des situations passe par celle du vécu
La première phase a reposé sur douze entretiens menés auprès de sept fonctions : compagnons (plâtriers, plaquistes, staffeurs, chefs d'équipe), conducteurs de travaux, bureau d'études, ressources humaines, direction d'agence, direction générale et médecine du travail. Au total, 266 mentions de facteurs de risque de TMS ont été relevées.
- Le poids des matériaux est cité par tous. « Le BA13, ça va, mais quand on se trimballe le BA18, BA25, c'est une autre histoire. »
- L'effort est vécu comme une donnée du métier, plus que comme un risque. « Le plafond, c'est forcément bras en l'air, pas trop le choix. »
- L'accès au chantier conditionne les contraintes. « Quand c'est dégagé, on peut mettre le lève-plaque et ça va. Quand c'est tout petit, exigu, c'est plus compliqué. »
- Les exigences augmentent : délais, coactivité avec les autres corps d'état, multiplication des références. « On avait 4 références, maintenant on en a 25. »
- L'âge structure les équipes, entre « les jeunes » et « les anciens », ce qui pose la question de la transmission.
Ces témoignages donnaient une première carte des contraintes. Restait à savoir lesquelles pèsent réellement le plus, et où.
Notre méthode : mesurer le travail réel
Six situations contrastées
Les entretiens ont servi à choisir des situations représentatives de la diversité des chantiers : matériaux lourds, espaces exigus, travail en plafond, coactivité. Les ergonomes de MOTEN ont suivi les compagnons sur six d'entre elles :
- Montage de cloisons
- Rénovation d'une arche en plâtre
- Enduisage (seconde passe)
- Pose d'un faux-plafond acoustique
- Pose de supports pour luminaires
- Travail en atelier de staff
Des capteurs portés par les compagnons
Neuf compagnons volontaires ont porté chacun six capteurs MOTEN, placés des deux côtés du corps sur les épaules (deltoïdes), les bras (biceps) et le dos (muscles longissimus). Les mesures ont été réalisées en situation réelle, sur chantier et en atelier, et complétées par des observations vidéo. Au total : 31 heures d'enregistrement et près d'un million de points de données.
Deux indicateurs
- L'effort musculaire situe l'activité d'un muscle par rapport à son maximum, de 0 à 100 %.
- Le risque postural mesure la part du temps passée en posture contraignante, selon les seuils de la méthode REBA.
Le périmètre des résultats
Chaque situation a été enregistrée sur une séquence de travail allant de quelques dizaines de minutes à quelques heures. Les résultats décrivent ces séquences : ils permettent de comparer les situations et de repérer les actions critiques.
Ce que les mesures ont montré
Des moyennes modérées, des pics fréquents
Toutes activités confondues, les efforts moyens restent modérés, avec 5 à 6 points de plus du côté du bras préférentiel. Mais la moyenne masque l'essentiel : 15 % du temps de mesure est passé en effort de haute intensité, au-delà de 60 % des capacités maximales, soit près de 5 heures cumulées. Ce profil en pics de charge est caractéristique des métiers de la construction.
Le dos, angle mort des entretiens
Le risque postural est plutôt élevé et concerne d'abord le dos. Ce point ressortait peu des entretiens, centrés sur le poids des matériaux et le travail en plafond.
Les bras en l'air, un geste très répétitif
Environ 7 000 élévations des bras au-dessus de 60° ont été mesurées, soit 4 par minute en moyenne, dont deux tiers du côté droit.
Trois familles d'actions critiques
- Les actions métier, celles qui portent la valeur ajoutée, comme appliquer ou lisser le plâtre.
- Les manutentions et déplacements chargés, notamment des plaques et des sacs.
- La gestion des moyens d'accès en hauteur : y monter ou les déplacer demande des efforts importants.
Une partie de ces contraintes dépend directement de l'organisation. Sur les cloisons, découper ou tracer sur un établi plutôt qu'au sol réduit le risque postural. Sur l'arche, le fait qu'un compagnon approvisionne depuis le sol celui qui travaille sur l'échafaudage modifie les postures de chacun.
Ce que Wereystenger en a fait
Les résultats ont été présentés et discutés en comité de pilotage. Ils ont fait émerger cinq axes de travail, communs à toutes les situations :
- Diminuer le poids des matériaux ou assister leur manutention
- Réduire le nombre de flexions du dos sur une même situation de travail
- Diminuer ou soulager la répétitivité des tâches bras en l'air
- Préserver une coactivité saine avec les autres corps de métier
- Garantir le bon fonctionnement des machines sur chantier
Ces axes ont nourri deux ateliers. Le premier, en présentiel, a réuni des chefs d'équipe et des conducteurs de travaux volontaires pour imaginer des solutions, sans contrainte de budget ni de faisabilité à ce stade. Le second, avec les décisionnaires, a servi à prioriser ces pistes et à valider le plan d'actions.
"Les compagnons connaissent leur métier mieux que personne. La mesure ne remplace pas leur parole : elle aide à hiérarchiser ce qu'ils décrivent, et parfois à montrer ce qu'ils ne mentionnent plus, comme le dos." - Marie-Anne Grangeret, Consultante ergonome et COO, MOTEN
Ce qu'il faut retenir
- La mesure complète le ressenti. Les compagnons citaient surtout le poids et le travail bras en l'air ; les capteurs ont aussi fait ressortir le dos et les pics d'effort.
- Les moyennes ne suffisent pas. Sur chantier, le risque se joue dans les pics de charge et la répétitivité des gestes.
- L'organisation est un levier à part entière. Plan de travail, approvisionnement, coactivité, état des machines : une partie des contraintes peut être traitée sans toucher au geste métier.
- Associer les équipes facilite le passage à l'action. Des résultats partagés en comité, puis travaillés en atelier par ceux qui font le chantier, donnent un plan d'actions que chacun comprend.
Vous êtes engagé dans un programme TMS Pros, ou vous cherchez à objectiver les contraintes de vos équipes avant de choisir des solutions ? Échangeons sur votre situation.

